Anvers, 22 mai 2026 – Le nombre de dissolutions judiciaires d’entreprises en Belgique a fortement augmenté ces dernières années. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude de GraydonCreditsafe. Alors qu’au début des années 2000, à peine une centaine de dissolutions judiciaires étaient prononcées chaque année, ce nombre est monté à 5.329 dossiers en 2024. En 2025 également, le niveau est resté exceptionnellement élevé avec 4.714 décisions.
Selon GraydonCreditsafe, cette hausse résulte d’une combinaison de nouvelles législations, de contrôles plus stricts exercés par les tribunaux de l’entreprise et d’une attention croissante portée à la lutte contre les sociétés fantômes et les entreprises frauduleuses.
« La dissolution judiciaire est passée d’une procédure exceptionnelle à un instrument structurel par lequel les tribunaux de l’entreprise cherchent à protéger le tissu économique », déclare Eric Van den Broele, Directeur Recherche & Développement chez GraydonCreditsafe.
Toute dissolution judiciaire ne constitue pas nécessairement une procédure d’insolvabilité. Une partie de celles-ci consiste à écarter, d’une part, des sociétés fantômes risquant de devenir des véhicules de fraude et, d’autre part, des entreprises manifestement frauduleuses. Dans une certaine mesure, la procédure de dissolution judiciaire peut donc être comprise comme une procédure d’insolvabilité « plus rapide et moins coûteuse », et moins lourde pour le tribunal de l’entreprise, constituant ainsi un équivalent de la faillite.
Davantage de cessations via les tribunaux
Lorsque l’on considère ensemble les faillites et les dissolutions judiciaires, il apparaît que le nombre d’entreprises cessant leurs activités à la suite d’une décision judiciaire a augmenté de plus de 30 % depuis 2019. En 2025, les dissolutions judiciaires représentaient déjà plus d’un quart de toutes les cessations judiciaires d’entreprises. Dans certains arrondissements comme Bruxelles (38,97 % en 2025), le Hainaut (37,48 %), le Brabant wallon (35,73 %) ou Anvers (33,85 %), cette proportion est encore nettement plus élevée.
Il est en effet frappant de constater que l’évolution diffère fortement selon les régions et les tribunaux. Bruxelles et Anvers se distinguent particulièrement. À Bruxelles, certaines années, plus de la moitié de toutes les cessations judiciaires ont été réalisées via une dissolution judiciaire. À Anvers, le tribunal de l’entreprise a récemment fortement mis l’accent sur la détection des sociétés fantômes, ce qui a conduit à plus de mille dissolutions judiciaires en 2025.
De fortes différences régionales
L’étude montre que les tribunaux d’entreprise appliquent chacun leur propre politique. Alors que les dissolutions judiciaires ne représentent qu’environ 6 % de toutes les cessations judiciaires en Flandre occidentale et orientale, cette proportion atteint près de 39 % à Bruxelles.
Selon GraydonCreditsafe, cela témoigne de grandes différences d’approche entre les régions. Certains tribunaux utilisent principalement cette procédure pour éliminer les constructions frauduleuses, tandis que d’autres y recourent comme alternative plus rapide et moins coûteuse à la faillite pour des entreprises sans actifs.
400.000 sociétés fantômes
GraydonCreditsafe avertit également que la Belgique compte encore une énorme population d’entreprises dormantes. Selon l’étude, environ 400.000 sociétés fantômes sont actuellement enregistrées comme actives en Belgique. Par ailleurs, on estime qu’une entreprise sur cent présente des caractéristiques pouvant indiquer des intentions frauduleuses.
« L’analyse financière classique ne suffit plus pour évaluer correctement tous les risques », ajoute Van den Broele. « La fraude, les sociétés fantômes et l’insolvabilité sont des risques différents qui nécessitent chacun une approche spécifique. »